La journée internationale de la littérature de jeunesse

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Nous sommes le 2 avril et, comme chaque année, nous célébrons la journée internationale de la littérature de jeunesse. Pourquoi cette date ? Parce que Hans Christian Andersen, célèbre auteur de contes tels que La Petite sirène et La Petite fille aux allumettes, est né le 2 avril 1805. Qui de mieux placé pour représenter cette journée qu’un auteur indétrônable et intergénérationnel, qui a révolutionné les contes destinés à la jeunesse ?
Cette journée a été mise en place à partir de 1967 par IBBY ( l’Union Internationale pour les Livres de Jeunesse ) et l’UNESCO. Elle a pour but de promouvoir la littérature de jeunesse et de mettre la lumière sur ces livres pour enfants ( mais pas que ! )

 

Mais d’abord, qu’est-ce que la littérature de jeunesse ?

Eh oui, les frontières entre les différentes littératures sont parfois floues. C’est le cas pour celle-ci : qu’est-ce qui différencie la littérature de jeunesse de la littérature pour « adultes » ?
Quand on remonte aux origines de la littérature de jeunesse, faire la différence est chose simple : ce sont des écrits destinés aux enfants afin de les instruire, de leur inculquer des valeurs morales et de leur présenter des modèles à suivre. A sa naissance, c’était son seul but : éduquer les enfants, et non pas les divertir. Le premier livre considéré comme étant de la littérature de jeunesse est Les Aventures de Télémaque de Fénelon au XIIème siècle, destiné au dauphin. Aujourd’hui, il n’est même plus considéré comme de la littérature de jeunesse, étant trop moralisant et compliqué à comprendre de nos jours. La littérature évolue sans cesse avec la société.
Jusqu’au XVIIème siècle, la littérature de jeunesse n’avait pour but que la pédagogie.
Généralement, les œuvres qui sont maintenant des classiques de littérature de jeunesse n’étaient absolument pas destinées pour ce public. C’est le cas des contes de Charles Perrault, par exemple. Mais avec le temps, les enfants s’en sont accaparés, et de nombreuses éditions pour eux ont vu le jour.
Depuis le début des années 2000, il y a un regain d’intérêt pour la littérature de jeunesse ; qui était considérée, jusque là, comme étant seulement pour les enfants ; grâce à la saga Harry Potter. Après la publication de ce phénomène, il y a eu un essor du choix et de la créativité chez les nouveaux auteurs de jeunesse.

D’abord éducative, elle se fait de plus en plus récréative, et grâce à l’imaginaire qui voit le jour dans la littérature de jeunesse, celle-ci est devenue celle que nous connaissons, avec ses univers magiques et fantastiques.

Donc nous avons plusieurs cas : des livres écrits par un jeune destinés spécialement à la jeunesse ( Eragon ), écrits par un adulte destinés à la jeunesse ( Le Monde de Narnia ), écrits non pas pour les jeunes mais réédités pour eux ( Robinson Crusoé ), écrits non pas pour les jeunes mais accaparés par eux ( Game of Thrones ).
Parfois, certains auteurs n’avaient pas pour but d’écrire pour la jeunesse, c’est à la publication que la maison d’édition place leur ouvrage dans la collection destinée aux jeunes. C’est le cas de JK Rowling avec Harry Potter, qui ne considérait pas son œuvre comme étant spécifiquement tournée vers la jeunesse, mais nous voyons bien que Gallimard l’a directement placé dans sa collection jeunesse. 

Aujourd’hui, les frontières sont plus que floues, et le meilleur moyen de savoir si une œuvre est destinée à la jeunesse est de regarder la maison d’édition et la collection sur la couverture. De nos jours, il existe énormément d’albums et de BD destinés aux adultes et non plus seulement aux enfants, et de plus en plus d’adultes se tournent vers la littérature de jeunesse. Celle-ci peut donc être intergénérationnelle, et les seules petites choses qui font la différence avec la littérature pour les adultes peuvent être les suivantes : style d’écriture plus fluide, vocabulaire un peu plus simplifié et non choquant, manière d’aborder des thèmes difficiles de manière plus douce, pas de violence ou alors mesurée etc. Toutes les publications pour la jeunesse sont d’ailleurs sous la loi du 16 juillet 1949 visant à réguler la diffusion des livres et de la presse jeunesse : ces dernières ne doivent contenir aucun danger pour la jeunesse, que ce soit par son caractère pornographique ou par son incitation à la discrimination, à la haine, aux atteintes à la dignité humaine, au trafic de stupéfiants, à la violence ou à des actes qui peuvent nuire à l’épanouissement de la jeunesse. Pour résumer, rien ne doit choquer et être dangereux pour les jeunes lecteurs.

Certains définissent la littérature de jeunesse comme quelque chose de purement marketing, décidé par les maisons d’édition. Certes, certaines œuvres peuvent se trouver un public très large ( comme Hunger Games ) et ce sont les maisons d’édition qui décident si telle ou telle œuvre entre dans les collections jeunesse, mais il ne faut pas oublier que ce sont les thèmes abordés, l’intrigue, les personnages, le message véhiculé et l’univers qui font entrer une œuvre dans la jeunesse ou pas, et surtout la loi sur les publications destinées à la jeunesse dont j’ai parlé précédemment. De nos jours, le fait de considérer une œuvre comme de la jeunesse ou pas est très subjectif, ce qui rend la tâche encore plus compliquée.


Et le Young Adult ? C’est de la jeunesse ?

La littérature de jeunesse est adaptée à tout âge, que ce soit des enfants très jeunes que des adolescents, des jeunes adultes et même adulte, puisqu’elle est intergénérationnelle. Le Young Adult, quant à lui, est adapté aux adolescents et jeunes adultes ( comme son nom l’indique ), et pas aux enfants. Certains éléments de ces ouvrages ne sont pas adaptés aux plus jeunes, que ce soient des relations humaines, de la violence, ou des sujets qui ne parlent pas aux enfants. Il a fallu trouver un genre pour les lecteurs se trouvant entre l’adolescence et l’âge adulte, le voici. Le Young Adult a un lectorat qui est à peu près entre 13 et 20 ans.
L’apparition récente de ce genre a bousculé les rayons jeunesse. Un exemple ? Il y a encore quelques années, au rayon jeunesse, on trouvait Twilight et Journal d’un Vampire dans la catégorie fantastique. Aujourd’hui, on vous dira que ces œuvres font partie du Young Adult. Dans ma sélection, Le Faiseur de Rêves et Hunger Games peuvent être considérés comme étant du YA.

 

Pour fêter la journée internationale de la littérature de jeunesse, je vous ai fait une sélection de mes incontournables, genres et époques confondus, classiques et contemporains !

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Chronique N°9 :L’île du Crâne

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Titre : L’île du Crâne
Auteur : Anthony Horowitz
Genre : fantastique
Éditeur : Hachette Jeunesse
Date de sortie : 1991
Nombre de pages : 156
Note : 4 / 5

 

 

 

 

 

Résumé :
« David est exclu de son collège. Ses terribles parents trouvent la punition rêvée : il sera envoyé à Groosham Grange, où les vacances se réduisent à un jour par an ! David se retrouve dans une école bien étrange, sur la sinistre île du Crâne, au large de l’Angleterre. Et il n’est pas au bout de ses surprises.. Aidé de ses amis, Jeffrey et Jill, il décide d’enquêter sur ses inquiétants professeurs et sur le lourd secret que semblent partager les élèves de l’établissement. Et si on enseignait à Groosham Grange autre chose que les maths et l’orthographe ? Et si on y étudiait la magie noire ? »

Ce roman aurait pu faire de l’ombre à Harry Potter. En effet, il en avait tous les atouts majeurs : magie, humour noir, ambiance sinistre et inquiétante, mystères et créatures.. Et vous allez voir que JK Rowling s’en est grandement inspirée.
Si je vous dis Angleterre, lettre d’admission, école de sorciers, professeur loup-garou, trio, jeune fille brillante, garçon maltraité par sa famille, vous me dites..? Et bien non, ce n’est pas Harry Potter, mais bien L’île du Crâne.

L’île du Crâne a été une excellente surprise pour moi. Puisque je dois lire des classiques de littérature de jeunesse qui ne m’enchantent pas tout le temps, je dois bien l’avouer, je m’attendais à toute autre chose. Ici, nous sommes plongés dans un univers lugubre et sinistre qui nous rend presque mal à l’aise. Quand j’imaginais l’endroit, j’avais l’idée d’une île où le soleil était perpétuellement absent, où le brouillard était omniprésent, un manoir très sombre, froid et avec peu de lumière. Et j’ai beaucoup apprécié cette ambiance angoissante.
Nous suivons David, un jeune garçon qui est renvoyé de son école et qui, à l’instant même où ses parents décident de son sort, reçoit une lettre d’admission dans un établissement qui semble être celui dont rêvait son père. Il est alors immédiatement envoyé là-bas, sur une île au large de l’Angleterre. Dans le train, il rencontre deux amis, Jeffrey et Jill, et ils décident de rester unis jusqu’au bout. Mais tout ne va pas se passer de cette façon.
Dès leur arrivée dans cet étrange établissement peu accueillant, des choses mystérieuses vont se dérouler. Que ce soient les cours, le comportement des élèves, le physique des professeurs et les disparitions inquiétantes la nuit : tout est source d’angoisse. Tout au long du roman, nous sommes assaillis de questions, et nous essayons de résoudre en même temps que le personnage principal ces événements. C’est une ambiance très particulière, assez glauque et morbide, et l’angoisse est régulièrement tenue à son comble par les tentatives de fugue de David et de son amie. Ambiance assez rare en littérature de jeunesse, ou du moins novateur à cette époque.

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Le roman est très court ; une centaine de pages ; ce qui m’a un peu déçue puisque j’étais prise dans le fil de l’histoire. L’univers aurait pu être beaucoup plus développé et fourmillant de détails, surtout qu’il y avait de la matière et, qu’à cette époque ( quelques années avant la publication de Harry Potter ), la littérature n’avait pas encore assaillie par la magie et les écoles de sorciers. J’aurais aimé que le roman soit plus long pour en découvrir plus, mais il y a un deuxième tome que je compte bien lire. J’espère qu’il répondra à mes questions et que nous pourrons en apprendre plus sur l’univers du roman : est-ce la seule école de ce type ? Quelles sont les créatures qui peuplent cet endroit et quelle est leur histoire ? Que deviennent David et ses amis ?
Puisque le roman était relativement court, les événements se déroulent un peu trop vite à mon goût. Nous n’avons pas de descriptions pointues et nous ne nous attardons pas sur la psychologie des personnages, ce qui est dommage. Le roman est écrit à la troisième personne du singulier, c’est un narrateur omniscient mais, pendant plusieurs pages, il se fait absent au profit du journal écrit par David. Ainsi, nous pouvons avoir une idée de l’organisation de ses journées et de son ressenti par rapport à cette école. J’aurais également aimé en apprendre plus sur les cours, sur les élèves et sur les professeurs, sur leur vie quotidienne au sein de l’école etc. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et je ne suis pas sûre que s’il avait été très long, j’aurais autant apprécié ma lecture. Là, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer, tout s’enchaîne très vite, ce qui donne un bon rythme au roman, un rythme effréné et qui maintient l’angoisse à son comble.
La seule chose qui m’a quelque peu dérangée, à part le fait que ce roman soit trop court à mon goût, c’est l’humour noir un peu trop prononcé à certains endroits, que ça en devient presque ridicule. Mais il ne faut pas oublier que c’est un roman destiné à la jeunesse, dans les années 80-90 qui plus est.

C’est un roman fantastique comme on les aime : de l’humour noir, du suspense, des mystères à résoudre, et cette ambiance lourde et sinistre qui créé une vraie angoisse chez le lecteur. Je n’arrivais plus à me détacher de ma lecture.

Comme je l’ai dit précédemment, beaucoup d’éléments font penser à Harry Potter, et il est évident que JK Rowling s’en soit inspirée pour écrire sa célèbre saga : jeune garçon maltraité par sa famille, lettre d’admission à l’école, train en direction de cette dernière, un trio, et même la course poursuite dans la forêt entre deux jeunes gens et un loup-garou une nuit de pleine lune.. Je pense que tous les fans d’Harry Potter seront ravis de retrouver un univers similaire, même si je pense que cette mini polémique sur les nombreuses similitudes n’est pas au goût de tout le monde. Pour ma part, en tant que grande fan de la saga, j’ai beaucoup apprécié me plonger dans un univers de sorciers beaucoup plus sombre et sinistre, par rapport à l’ambiance du premier tome, pas par rapport aux thèmes abordés bien évidemment.

J’ai passé une excellente lecture, mon seul regret étant que le roman soit trop court et trop peu développé. Je lirai le tome 2 pour me faire un avis définitif, en espérant avoir des réponses à mes questions et ne pas être déçue.

Amateurs de romans fantastiques, d’univers magiques, de suspense et d’ambiance sinistre : foncez ! 

« Le miroir renvoyait l’image de tout ce qui se trouvait dans la pièce. Le bureau, les livres, les rideaux, le mobilier, le tapis, et David lui-même. Tout, sauf M. Kilgraw. »

 

Chronique N°8 : Une sirène à Paris

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Titre : Une sirène à Paris
Auteur : Mathias Malzieu
Genre : fantastique
Éditeur : Albin Michel
Date de sortie : février 2019
Nombre de pages : 240
Note : 4,75 / 5

 

 

 

Résumé :
« Nous sommes en juin 2016, la Seine est en crue. De nombreuses disparitions sont signalées sur les quais. Attiré par un chant aussi étrange que beau, Gaspard Snow découvre le corps d’une sirène blessée, inanimée sous un pont de Paris. Il décide de la ramener chez lui pour la soigner, mais tout ne se passe pas comme prévu. La sirène explique à Gaspard que les hommes qui entendent sa voix tombent si intensément amoureux d’elle qu’ils en meurent tous en moins de trois jours. Quant à elle, il lui sera impossible de survivre longtemps loin de son élément naturel… »

 

Mathias Malzieu est un de mes auteurs préférés : je dévore chacun de ses romans. D’ailleurs, La Mécanique du cœur fait partie de mes livres préférés, et je le conseille vraiment à tous. Sa plume est poétique, mélancolique, elle touche et fait rêver. Il a une imagination débordante, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs : par ses mots, il créé tout un univers lyrique, mais qui fait également écho à notre société, et à ce qu’on peut vivre quotidiennement. Imaginez mon bonheur quand j’ai eu son nouveau roman dans mes mains.

Une sirène à Paris est un conte moderne dans lequel la place de l’imagination dans  notre société est remise en cause. Le personnage principal, Gaspard Neige, fait partie des surprisiers : « ceux dont l’imagination est si puissante qu’elle peut changer le monde – du moins le leur, ce qui constitue un excellent début ». C’est un rêveur inconditionnel. Gaspard n’a qu’une envie : sauver le Flowerburger, une péniche qui appartenait à sa grand-mère, dans lequel elle cachait des résistants pendant la guerre. Ces surprisiers réalisaient des missions commando de poésie pour remonter le moral des gens : cacher des livres dans les rues et les maisons des jouets pour les enfants la nuit. Mais ces actions sont toujours autant importantes : être émerveillé et donner de l’émerveillement, voilà ce que font les surprisiers. Et, que ce soit dans le roman comme dans la vie réelle, nous avons besoin d’eux. Vous, qui lisez cette chronique, devenez surprisiers. Il est important de ne pas se faire absorber par le quotidien et ses difficultés, de ne pas oublier de rêver, d’imaginer, de créer des choses, de s’émerveiller pour tout et rien, et de provoquer l’émerveillement chez les autres. Cette péniche est le repère des surprisiers : on y fait des burgers de fleurs, des concerts, mais on peut aussi enregistrer des musiques. Mais elle est en danger : le père de Gaspard, reprochant à ce dernier de ne pas faire le deuil de sa grand-mère et d’être coincé dans son monde, souhaite la vendre.

C’est alors que, pendant la crue de la Seine, Gaspard trouve une sirène blessée sous un ponton : il décide de la ramener chez lui, dans sa baignoire, et de la soigner. Celle-ci, très méfiante des hommes, pousse son chant ensorceleur : tous les hommes qui l’ont entendu sont tellement tombés amoureux d’elle qu’ils en sont morts en moins de trois jours. Mais avec Gaspard, c’est différent.
Ils vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser, et une histoire d’amour impossible va voir le jour.

 » Certains vivent mieux que d’autres sans amour, j’ai cru que j’en étais capable, mais c’était une connerie. Et au fond de moi, je le sais très bien. Gaspard aussi, il le sait très bien! Donc vous arrivez à point nommé…
– Je n’en suis pas sûre, vous savez, j’ai peur que…
– C’est normal. S’installer dans un grand cœur comme le sien, sans chauffage ni électricité, ça peut faire peur. Mais vous allez tout rallumer et ce sera fantastique. Il n’attend que ça, qu’on le rallume! » 

Encore une fois, je suis tombée sous le charme de la plume de Mathias Malzieu. L’histoire est totalement originale, remplie de détails tous plus fous les uns que les autres. J’avais envie que cette péniche existe, j’avais envie que les sirènes existent, et, plus que tout, j’avais envie que l’histoire d’amour entre Gaspard et Lula puisse être possible.
Les personnages sont on peut plus complexes et attachants : je me suis mise à la place de Gaspard, grand rêveur qui veut consacrer sa vie à ses rêves et à son rôle de surprisier, mais aussi à la place de Lula, sirène solitaire, qui ne pourra jamais connaître l’amour. Le roman fourmille de détails merveilleux, certaines scènes sont dignes d’un conte de fées et m’ont beaucoup touchée. Les mots de l’auteur sont beaux, poétiques, et chaque phrase nous plonge un peu plus dans cet univers onirique. Je pense que je ne saurai pas même de mots sur ce que j’ai ressenti durant ma lecture, ils n’arriveraient pas à rendre justice à la beauté de ce roman. Cette histoire d’amour impossible qui naît peu à peu m’a passionnée et m’a beaucoup émue à certains moments. Certaines scènes sont romantiques, touchantes, et prennent aux tripes. On ressent une furieuse envie d’aimer, et d’être aimé en retour. Et cette fin : je l’ai trouvée parfaite, et je pense qu’il n’y avait pas meilleure façon de finir ce roman.

Pendant notre lecture, on fuit le monde réel et on est happé dans l’univers qu’a créé Mathias Malzieu. On est plongés dans un tourbillon de poésie, de rêverie, de magie, d’émerveillement, d’humour, d’amour et de douceur. Quand on sort de notre lecture, on ne peut s’empêcher de réfléchir, de faire une pause avant de reprendre notre vie : l’imagination devrait avoir une place beaucoup plus importante. Rêvons, battons-nous pour nos rêves, ne cessons pas d’imaginer, de créer, et surtout, de s’émerveiller.

Je conseille vraiment ce magnifique roman, une petite perle, un récipient de rêverie et d’imagination. Toutes les scènes sont sublimes, divinement bien écrites, chaque mot a un écho et provoque en nous une émotion particulière. Plongez dans ce monde loufoque et onirique, là où tout est possible, pour ajouter un peu de magie à votre vie. Et je vous conseille les autres romans de Mathias Malzieu, tous ayant un univers bien particulier, et toujours autant de rêverie.
Ses mots sont toujours touchants, beaux, et on ne peut s’empêcher de les adapter à notre propre vie et ressenti.

Vous pouvez d’ailleurs retrouver ici la chanson Une sirène à Paris de Dionysos, le groupe de Mathias Malzieu !

 

« Chaque soir, Gaspard portait à bout de bras ce rêve: sauver le Flowerburger. Il avait signé un pacte avec lui-même et n’y dérogeait pas. « Tu es le dernier des Surprisiers et cette péniche en est le dernier bastion », lui avait dit sa grand-mère avant de mourir.
Dans la famille, on ne plaisantait pas avec l’imagination. « The poetry of war », disait Sylvia. « Échapper, s’échapper, travailler à son rêve jusqu’à le transformer en réalité. » Un art de vivre et de résister même en temps de guerre, surtout en temps de guerre. Une malice, un pas de côté. Une invitation à voir plus encore qu’à regarder. Destruction de l’esprit de sérieux, ardeur poétique.
Gaspard avait promis à sa grand-mère qu’il transmettrait cet art de vivre. Depuis sa mort, Gaspard se définissait exclusivement par sa capacité d’émerveillement. Être un rêveur de combat, vivre en accéléré pour ne pas gâcher la moindre particule de seconde. Démangeaison d’étoile filante. Il ressentait tout plus fort que les autres. Il pouvait être l’homme le plus heureux et le plus triste au monde dans la même seconde. Trop était sa juste mesure. Burn-in pour éviter le burn-out. »

Chronique N°7 : Les Sorcières du clan du Nord

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Titre : Les Sorcières du Clan du Nord : Le sortilège de minuit
Auteur : Irena Brignull
Genre : fantasy
Editeur : Gallimard Jeunesse
Date de sortie : avril 2017
Nombre de pages : 360
Note : 4 / 5

 

 

Résumé :
« Deux mondes que tout oppose,
Une grande amitié,
Une histoire ensorcelante.
Poppy, adolescente rebelle, se fait renvoyer de tous les lycées qu’elle fréquente.
L’innocente Clarée a du mal à se faire accepter par sa communauté secrète de sorcières.
Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser. Pourtant, elles deviennent inséparables. Et la rencontre avec le mystérieux Leo achèvera de bouleverser leurs destinées. Mais y a-t-il une frontière entre magie et réalité ? »

Ce roman m’intriguait depuis un moment, de par son résumé mais aussi sa sublime couverture. Je n’en ai que peu entendu parler sur bookstagram, alors je me suis lancée sans a priori. Ma lecture a été une agréable surprise, mais pas au point d’être un coup de cœur à cause de plusieurs choses que je vais aborder dans cette chronique. 

 

« – Et un jour, tu iras plus loin ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que ce n’est pas au nombre de mes pas que je mesure le voyage de ma vie. »

 

Dans ce premier tome, nous suivons le destin de deux jeunes filles aux caractères et univers complètement différents : l’une, au caractère fort, vit dans le monde moderne et déménage sans cesse avec son père car elle est renvoyée des lycées qu’elle fréquente à cause de phénomènes étranges et l’autre, d’une douceur et d’une gentillesse sans faille, ne trouve pas sa place dans sa communauté de sorcières puisqu’elle est dépourvue de pouvoirs magiques. Elles n’ont rien en commun, si ce n’est leur mal-être et leur différence au sein de leur propre monde. Un jour, elles se rencontrent par hasard et nouent une très forte amitié, enviant l’univers de l’autre : Clarée souhaite tout apprendre du monde moderne et rêve de vivre une vie normale, alors que Poppy est plus qu’intéressée par la magie et, en s’y essayant, se rend compte de son talent. En réalité, les deux jeunes filles sont liées beaucoup plus profondément et depuis toujours, et ce par un puissant sort. 

Dès qu’il s’agit de sorcières, j’en attends beaucoup et j’espère de tout mon cœur que l’histoire soit à la hauteur de mes espérances. J’ai un énorme intérêt,  et ce depuis toujours, pour la Fantasy et tout ce qui touche de près ou de loin à la magie. Je dois dire que ma faim insatiable de magie a été satisfaite : on apprend beaucoup de choses sur le mode de vie de la communauté des sorcières et sur leurs pouvoirs, communauté que j’ai trouvé très originale puisqu’elle est complexe. Les sorcières ne sont pas classées dans une case comme étant gentilles ou au contraire mauvaises et méchantes, elles ont toutes leur personnalité et leurs compétences propres. J’ai eu mon lot de magie également dans le monde moderne : nous suivons Poppy qui apprend à utiliser la magie et qui s’exerce donc aux sorts, mais qui subit aussi tout un tas de phénomènes étranges depuis sa naissance : les animaux et les insectes sont attirés par elle, les garçons la craignent, des incendies se déclarent juste par sa seule colère, etc. J’ai beaucoup aimé découvrir tous ces phénomènes et les pouvoirs des sorcières. Une vraie atmosphère est mise en place, et je n’avais qu’une envie, être à la place de Poppy pour apprendre à utiliser la magie.
J’ai trouvé l’intrigue prenante avec l’omniprésence de la prophétie : la reine des sorcières se meurt, et une des filles des sœurs Hawkweed sera la plus puissante de toute et deviendra à son tour reine. Les prophéties sont souvent présentes dans les œuvres de Fantasy ; on a juste à prendre Harry Potter pour avoir un exemple ; mais elle ne m’a pas dérangée puisque je l’ai trouvée originale et bien pensée. Néanmoins, un élément essentiel de l’histoire m’a un peu chiffonnée. Peut-être était-ce l’intention de l’auteure, puisque dès le début, ceci est énoncé implicitement, mais j’ai trouvé dommage que le dénouement de l’intrigue soit aussi prévisible. Mais je ne m’étendrai pas là-dessus pour ne pas spoiler celles et ceux qui voudraient lire ce roman.

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Concernant les personnages, j’ai eu un coup de cœur pour Poppy de par son gros caractère et son histoire touchante, puisqu’elle a vécu et vit toujours des choses très difficiles. Mais à plusieurs moments, j’ai été dérangée par son manque de réaction : elle n’est pas étonnée par l’existence de la magie. Mais ce qui m’a réellement le plus chiffonnée dans ce roman, c’est la relation entre Poppy, Clarée et Leo, cette sorte de triangle amoureux qui m’a semblé malsain. J’ai eu l’impression que personne ne savait ce qu’il voulait : Leo passe de Poppy à Clarée et vice-versa, et Poppy, qui est censée avoir un caractère bien trempé, laisse faire. Et parlons de Clarée qui m’a également beaucoup irritée : elle est certes innocente, très douce et pleine de bonnes intentions ; d’ailleurs, les moments où elle apprend des choses sur le monde extérieur m’a assez attendrie ; mais à force d’être trop parfaite et trop niaise, je ne l’ai plus supportée. J’ai eu l’impression d’avoir face à moi une petite fille capricieuse qui voulait avoir tout et tout de suite, comme Leo par exemple. Je me suis quand même un peu attachée au duo Poppy / Clarée, mais parmi les trois personnages principaux, c’est Poppy qui a su réellement m’intéresser.  Les événements qu’elle subit m’a plusieurs fois très émue, et mon attachement pour elle n’en a été que plus grand.

Concernant la fin, je l’ai beaucoup appréciée même si elle était un peu prévisible. Il y a eu un moment de pure action qui a rattrapé le récit un peu plat du début du roman, mais utile pour poser les bases du récit. La fin fait pressentir à un tome 2 prometteur, et j’ai hâte de m’y plonger.

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé ce roman et l’univers qui est décrit, la plume de l’auteure est fluide et le roman se lit très vite. Il y a peu de longueurs, mais ce qui m’a réellement dérangée est le trio Poppy / Clarée / Leo, et la personnalité trop pure de Clarée, même si cela est dû à son mode de vie.

Je conseille ce roman à tous les amoureux de Fantasy et de sorcellerie, avec une communauté de sorcières très éloignée de ce que j’ai déjà pu lire auparavant.

 

« Le pavillon immaculé au seuil taché de sang. La mère folle aux yeux tristes. L’amie des bois sortie d’un autre monde. Le rassemblement des chats. 
Et Poppy, toute seule au centre, comme l’axe d’une grande roue. »

 

 

 

 

Chronique n°6 : Max

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Titre : Max
Auteur : Sarah Cohen Scali
Genre : historique
Date de sortie : Mai 2012
Editeur : Gallimard Jeunesse
Nombre de pages : 480
Note : 4,5/5

 

 

 

Résumé :
« 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi… béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »
Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.
Une fable historique fascinante et dérangeante qu’on ne peut pas lâcher.
Une lecture choc, remarquablement documentée, dont on ne sort pas indemne. »

 

Mon avis :
Je ne lis quasiment jamais de livres historiques, étant surtout tournée vers la Fantasy, le fantastique et la dystopie. Mais ce roman a attisé ma curiosité grâce à son résumé, et, m’intéressant beaucoup à la Seconde Guerre Mondiale, je me suis lancée. J’en suis ressortie l’estomac noué.

Le roman est écrit du point de vue de Max : le premier bébé du projet « Lebensborn », projet créé par Himmler en Allemagne. Des femmes étaient sélectionnées selon leurs critères physiques pour mettre au monde des représentants de la race aryenne la plus pure, afin de peupler l’Europe d’une jeunesse idéale, parfaite. Nous suivons alors Max durant tout le début de sa vie, années pendant lesquelles Hitler est au pouvoir, années de guerre, de terreur, d’horreur. Ce petit garçon va jouer un rôle essentiel pour le bon déroulement des plans des nazis, et nous allons suivre son évolution, tant mentale que physique, durant les différentes étapes de sa vie bien trop remplie pour son jeune âge. 

Max est un anti-héros, et les sentiments que nous éprouvons à son égard sont très flous : d’un côté, nous le détestons, pour ses pensées, ses paroles, ses actes. Mais d’un autre côté, nous ressentons une sorte d’affection pour lui, mêlée à de la pitié : au fond, ce n’est pas de sa faute. Il a subit du bourrage de crâne depuis sa naissance, il pense faire ce qui est juste, ce qui est bien. D’ailleurs, nous pouvons remarquer une nette évolution vers la fin du roman, où Max va se poser de plus en plus de questions par rapport à la haine à l’égard des juifs, à la puissance d’Hitler, et à l’horreur que tous ces pauvres gens subissent tous les jours depuis des années. Ce qui le pousse vers la prise de conscience, c’est son amitié avec Lucas, un enfant Polonais et Juif. Max va se poser beaucoup de questions sur la haine qu’éprouvent les Nazis à l’encontre de cette population, à ce qu’ils leur font subir, et à ce que lui leur a fait subir depuis son plus jeune âge. A la fin, il s’en rend compte. Il se rend compte qu’il a été utilisé, que son enfance a été gâchée, il se rend compte que lui aussi, il a été l’acteur de choses terribles. Il se rend compte de son enfance détruite, du mal qu’il a causé, mais de son statut de victime également. 

La plume de l’auteure est poignante : bien que le récit soit écrit du point de vue de Max, un bébé au début de l’histoire, le vocabulaire est cru et elle ne passe pas par quatre chemins. Aucune métaphore, tout est dit explicitement, ce qui amplifie le sentiment de mal-être face à la lecture. Ce mal-être provient surtout des paroles de l’enfant : des paroles extrémistes, antisémites, choquantes pour son âge. Paroles qui découlent d’un bourrage de crâne dès sa naissance : il est certain de faire ce qui est bien, certain que ses paroles soient la vérité absolue.

Bien que Max n’ait pas réellement existé, l’auteure s’inspire de faits réels : les milliers de bébés de ce programme sont tous des Max. Ce projet a bien existé, ainsi que toutes les horreurs faites sur les Juifs, les femmes restées en ville, les enfants séparés de leur famille, et les bébés de ce programme qui, s’ils ne correspondaient pas aux critères aryens à leur naissance, étaient tués ou utilisés pour des expériences et études. Certains passages sont très difficiles à lire tant ils sont atroces : savoir que tout ceci s’est réellement produit accentue la boule au ventre que nous ressentons pendant notre lecture. Si vous êtes sensibles, préparez-vous à cette lecture. Elle est tant horrible que magnifique.

Malgré le fait que ce roman soit publié dans le département jeunesse de Gallimard, je trouve cette lecture très dure, à ne pas mettre dans toutes les mains. Elle est essentielle pour comprendre l’histoire de notre pays ; notre histoire ; pour avoir un autre point de vue de la guerre ; celle des Allemands. J’ai appris des faits historiques dont j’ignorais l’existence, des faits pour la plupart ignobles.

Au final, c’est un roman qui nous fait prendre conscience d’une chose : la chance que nous avons de vivre à notre époque, dans notre société actuelle. N’attendez pas pour vivre pleinement votre vie.

Ce livre fait désormais partie de mes préférés, et je pense plus me pencher sur la littérature historique. Je le conseille à tous les passionnés d’histoire, ou à ceux qui cherchent à comprendre notre monde. C’est un livre à livre au moins une fois dans sa vie.

 

« Et je crois bien qu’en temps de guerre, pour un enfant, les années comptent double ».

Chronique N°5 : Red Queen

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Titre : Red Queen
Auteur : Victoria Aveyard
Genre : Dystopie
Date de sortie : 2016
Editeur : Le Livre de Poche
Prix : 7,90€
Nombre de pages : 448
Note : 4 / 5

 

 

 

 

Résumé :
« Mare Barrow, dix-sept ans, tente de survivre dans une société qui la traite comme une moins que rien. Quand elle s’avère détenir des pouvoirs magiques dont elle ignorait l’existence, sa vie change du tout au tout. Enfermée dans le palais de la famille royale, promise à un prince, elle va devoir apprendre à déjouer les intrigues de la cour, à maîtriser un pouvoir qui la dépasse, et à reconnaître ses ennemis. »

Mon avis :
En ce moment, je ne suis déçue d’aucune de mes lectures. Je découvre des intrigues et des univers exceptionnels, des romans qui regorgent de tout ce qui me plait dans la littérature de jeunesse. J’ai récemment découvert des sagas qui ont trouvé une place dans mon cœur, comme La Faucheuse et Les Enfants Particuliers ; je n’ai lu que le tome 1 pour l’instant ; et la plus récente est Red Queen, qui a su me faire vibrer.

Dans ce roman, nous suivons l’histoire de Mare, une jeune fille de dix-sept ans qui vit dans le village de Pilotis avec ses parents et sa sœur. Ses trois frères ont été envoyés à la guerre, chose qui arrive à ceux qui atteignent dix-huit ans et qui n’ont pas de travail ni d’apprentissage. Le monde dans lequel nous nous plongeons est coupé en deux : d’un côté, les Rouges, appelés ainsi par la couleur de leur sang, qui sont condamnés à vivre une existence pauvre et misérable, réduits à l’état d’esclavage, et d’un autre côté, les Argents, qui eux ont le sang de cette même couleur, qui possèdent des pouvoirs exceptionnels et qui gouvernent le monde d’une main de fer. Ces derniers se pensent supérieurs aux Rouges, bien évidemment, et ils n’hésitent pas à les traiter comme des moins que rien et à les envoyer périr à la guerre à leur place. Mare n’a pas de travail, n’est pas douée à une tâche précise, et elle sait qu’elle partira bientôt à la guerre. Elle passe donc ses journées à voler les plus riches afin d’en faire profiter sa famille.
Mais un jour, tout bascule, et elle tombe dans un engrenage infernal : de domestique Rouge au palais servant la cour à princesse Rouge au milieu d’Argents, il n’y a qu’un pas. Lorsqu’elle découvre qu’elle possède un pouvoir, et ce devant tous les Argents, ces derniers ne savent que faire : elle a le sang rouge, mais possède un don que seuls les Argents peuvent posséder. Pour se protéger d’elle et percer à jour cette énigme, mais aussi pour se servir d’elle afin de calmer la Garde Ecarlate, groupe de rebelles Rouges qui souhaitent l’égalité pour tous, ils prennent une décision qui changera la vie de Mare à jamais : elle est promise au prince. 

« N’importe qui peut trahir n’importe qui »

Il existe de nombreuses dystopies Young Adult, toutes uniques en elles-mêmes, mais celle-ci se démarque du lot par son intrigue originale, ses personnages attachants et imprévisibles, ses retournements de situation et la plume entraînante de l’auteure.
La première chose qui m’a quelque peu surprise dès le début de ma lecture, c’est le style d’écriture de Victoria Aveyard. Le récit est au présent, chose peu commune dans mes précédentes lectures, où les temps du passé étaient omniprésents. J’ai trouvé que cette utilisation du présent donnait beaucoup plus de rythme au récit et plonge facilement le lecteur dans l’histoire, comme si nous étions nous-mêmes Mare. Les nombreuses descriptions des lieux et des personnages nous envoûtent et nous immergent dans cet univers totalement différent du nôtre. La plume de l’auteure est fluide, simple, et le récit du point de vue de Mare nous plonge dans ses pensées les plus profondes, j’avais parfois l’impression de ressentir ce qu’elle ressentait, de comprendre ses sentiments et de partager ses pensées.
Les premiers chapitres ne se concentrent pas sur les moments d’action mais sur le fonctionnement de ce monde encore inconnu pour nous : nous avons connaissance des différences entre les Rouges et les Argents, les démonstrations de force incessantes de ces derniers, les différentes lois et coutumes, la vie quotidienne de ces Rouges traités en inférieurs.. Ma seule déception est le manque d’explications sur l’apparition des Argents. Comment des gens au sang couleur argent et dotés de pouvoirs ont vu le jour ? Comment sont-ils devenus supérieurs ? Comme la monarchie a-t-elle été mise en place ? Nous ne le savons pas, et j’espère que les réponses à ces questions se trouvent dans les tomes suivants.

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« Je suis le roi et tu aurais pu être ma reine rouge. Désormais, tu n’es plus rien. »

Les personnages sont attachants, mais ce n’est pas pour Mare que j’ai eu un réel coup de cœur. J’ai apprécié son caractère et sa personnalité, c’est une jeune fille forte, avec un gros caractère, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle est loyale aux siens, et faire semblant d’appartenir aux Argents, à ses ennemis, pour expliquer son don, la rend malade. Pourtant, elle joue assez bien son rôle, et je l’ai admirée tout au long du roman de ne pas craquer et de rester sur ses positions.  Elle sait jouer un double jeu, faire semblant d’être une Argent et aider la Garde Ecarlate à mener à bien ses missions. Néanmoins, je l’ai trouvée parfois prétentieuse, se croyant intouchable, pensant que tout le monde va la suivre, va l’écouter et surtout va la choisir, elle. Je l’ai surtout trouvée très naïve, puisque même si ce n’était pas son intention au début, elle finit par faire confiance aux mauvaises personnes, et à tomber de haut à la fin.. Je suis tombée avec elle, je l’avoue.
Les personnages qui m’ont parus le plus intéressants sont Cal et Maven, les deux jeunes princes. En effet, ils sont très complexes et difficiles à cerner : tout au long du roman, nous ne savons pas réellement leurs véritables pensées, si Mare peut leur faire confiance ou non, s’ils sont sincères ou s’ils se jouent des autres.. Les deux frères sont complètement différents l’un de l’autre, et, comme Mare, je ne savais pas vers lequel faire pencher ma faveur. J’ai fini par avoir une préférence, mais j’ai découvert à la fin du roman que je m’étais complètement trompée sur les intentions de l’un et de l’autre, ceux et celles qui ont déjà lu le livre doivent savoir de quoi je parle. Ce retournement de situation, si nous ne le voyons pas venir, nous plonge dans le même état que Mare : le choc et l’incompréhension, et l’impression d’avoir été trahis.

Concernant l’intrigue et les rebondissements, à part deux choses ; qui sont, à vrai dire, centrales dans l’histoire ; je n’ai rien vu venir. Les événements ne sont pas prévisibles et le lecteur est submergé par tout un tas d’émotions, émotions qu’il partage avec Mare. Le triangle amoureux ; ou plutôt, le quatuor ; était prévisible dès le début, mais ça n’a gâché en rien ma lecture puisque les relations entre les différents personnages m’ont fait vibrer. Je me demandais sans cesse ce que Mare ressentait, pour qui elle éprouvait de réels sentiments, qui elle allait choisir, et je me le demande encore. J’espère que cette ambiguïté va continuer dans les prochains tomes et va se terminer à la fin de la saga, et je serai déçue si elle choisissait la personne qui me semble le plus prévisible.
Ce que j’ai aussi trouvé prévisible, c’est le fait de savoir que Mare s’en sortira toujours, quoi qu’il arrive. Ce n’était pas le cas pour ses amis, ni pour sa famille, mais même dans les moments où il était impossible qu’elle s’en sorte sans égratignures, elle s’en sortait quand même. C’était prévisible, et cela a retiré une touche de suspense.

Ce roman, mêlant de la dystopie à de la Fantasy, me fait penser à un mélange de Game of Thrones et de Hunger Games. Les trahisons et les manipulations autour de la couronne rappelle l’ambiance du Trône de Fer, d’ailleurs la reine Elara m’a beaucoup fait penser à la reine Cersei de par son caractère. La rébellion mise en place, elle, m’a rappelée la saga  Hunger Games : les Rouges se liguent peu à peu contre les Argents, ne pouvant plus supporter d’être considérés comme des esclaves. Avec l’aide de Mare, qui est un peu la figure de la rébellion à l’instar de Katniss Everdeen, la Garde Rouge organise des attentats dans l’idée de renverser l’état et de changer les choses. Ils souhaitent un monde meilleur, où tous les habitants sont égaux entre eux. Je trouve que cela fait un bon mélange, ce premier tome prépare à une saga prometteuse, à une bataille e,tre les Argents et les Rouges en quête de liberté, un ralliement de la Garde Ecarlate pour changer les choses : « Notre armée se lèvera, aussi rouge que l’aube. » Ma seule crainte : être déçue par le second tome.

Et vous, l’avez-vous lu, ainsi que toute la saga ? Qu’en avez-vous pensé ?
A bientôt pour une nouvelle chronique !

 

« Dans les histoires, les vieux contes de fées, un héros surgit toujours pour rétablir la justice. Mais tous mes héros sont partis ou morts. Personne ne viendra me sauver. »

 

 

 

Chronique N°5 : Miss Peregrine et les Enfants Particuliers

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Titre : Miss Peregrine et les Enfants Particuliers
Auteur : Ransom Riggs
Date de sortie : 2011
Editeur : Bayard Jeunesse
Prix : 7,90€
Nombre de pages : 444
Note : ⭐⭐⭐⭐ / 5

 

 

 

Résumé :
Depuis qu’il est enfant, Jacob écoute les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier lui a souvent parlé de l’orphelinat de Miss Peregrine, peuplé d’enfants « particuliers », doués de capacités surnaturelles. Un soir, Jacob, qui a maintenant seize ans, trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, il part en quête de vérité et découvre le pensionnat en ruines : les enfants particuliers ont bel et bien existé. Mais sont-ils toujours en vie ?

Mon avis :
Ce roman est une excellente illustration de la raison pour laquelle je préfère la littérature de jeunesse aux romans plus tournés vers les adultes. Les romans dits appartenant à cette littérature possèdent cette magie que les autres n’ont pas. 

Ici, nous suivons Jacob, un jeune adolescent ordinaire, qui a grandi entouré des histoires extraordinaires contées par son grand-père. Celui-ci ne cessait de lui parler d’une île merveilleuse où régnait la paix, d’un foyer peuplé d’enfants aux pouvoirs plus invraisemblables les uns que les autres, et de monstres qui sont venus les attaquer du jour au lendemain. Jacob a toujours cru que ces histoires n’étaient que des contes de fées, inventés par son grand-père pour oublier les horreurs de la guerre. Qui aurait cru cela possible, une fillette qui lévite sans cesse, un garçon invisible, et une femme se transformant en faucon ? Mais, à la mort de son grand-père, tué par un monstre que le jeune homme a vu de ses propres yeux, tout ce qu’il a cru être des mensonges jusqu’ici devient de plus en plus réel.  Il va alors partir pour l’île dont lui parlait son grand-père, accompagné de son père, afin de percer à jour la vérité sur la vie de son ancêtre. Il va finir par découvrir la boucle, là où le jour du 3 septembre 1940 se répète sans cesse, et où les enfants particuliers se cachent pour toujours..

« Je venais juste de me résigner à vivre une vie ordinaire, quand des événements extraordinaires se sont produits. »

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L’écriture de l’auteur est fluide, simple, ce qui plonge complètement le lecteur dans les aventures que vit Jacob : le lecteur, lui aussi, part à la recherche de l’orphelinat décrit par le grand-père du jeune homme, ainsi qu’à la recherche de traces de l’existence des enfants aux pouvoirs fantastiques. La présence de photographies en noir et blanc mettant en scène justement ces enfants faisant démonstration de leurs pouvoirs, leurs portraits, ou bien encore les photographies du grand-père de Jacob et de certaines lettres au moment même où le personnage principal les tient entre ses mains renforce l’idée que tout soit réel et que le lecteur ait en sa possession, lui aussi, ces photographies. Je trouve que ceci est un énorme point positif pour le roman, ces images plongent le lecteur dans l’ambiance même de l’histoire, par son aspect sombre et mystérieux, et parfois même glauque.

« – Ils auront beau vous aimer, a-t-elle murmuré, ils ne vous comprendront jamais. »

J’ai trouvé cette histoire très touchante, ainsi que celle des enfants particuliers. Pour la simple raison qu’ils soient nés avec des facultés que les autres n’ont pas, ils ont été rejetés par leur famille, par le reste du monde, stigmatisés et maltraités. J’ai trouvé également touchant le fait qu’ils restent des enfants pour toujours, enfermés dans un monde à eux, pendant la seconde guerre mondiale, et qu’ils ne connaissent rien du monde moderne, de ce qu’il s’y passe et des nouvelles avancées technologiques et scientifiques. Un peu comme les enfants perdus dans Peter Pan, ils sont condamnés à rester des enfants pour toujours, pris au piège dans une époque qui est désormais révolue.

Je pense que cet orphelinat reflète quelque peu le souhait de chaque enfant à un moment de sa vie : qui n’a jamais rêvé de vivre dans une immense maison, en compagnie d’une dizaine d’enfants, possédant des pouvoirs magiques, ne grandissant jamais et restant ici pour toujours, avec pour seule préoccupation s’amuser ? 

Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde en lisant ce roman, puisque lorsque nous ne découvrons pas l’univers des enfants particuliers, le fonctionnement de la boucle et les pouvoirs de chaque enfant, nous sommes plongés dans une action et une intrigue plus que prenantes : les enfants particuliers sont en danger. J’aime particulièrement ce genre de roman, où tous nos repères nous sont retirés et où nous découvrons un autre univers, complètement différent du nôtre, voire parallèle au nôtre, comme ce fut le cas ici. Et qui sait, peut-être que des enfants particuliers se cachent parmi nous ?

J’ai adoré l’univers que l’auteur a su mettre en place, mais aussi l’ambiance assez mystérieuse et lugubre. L’originalité de la boucle est ce qui démarque ce roman des autres : dans notre monde, l’orphelinat n’est plus, les enfants non plus, mais en traversant un passage, il est toujours là, tapi dans une époque parallèle, où le même jour ne cesse de se répéter.

J’ai trouvé les personnages attachants et complexes, et j’ai eu un coup de cœur pour Emma, qui n’a rien du stéréotype de la jeune fille naïve et douce : c’est un personnage qui possède un fort caractère, qui n’a peur de rien et qui est prête à tout pour sauver ceux qu’elle aime. Elle me rappelle même Hermione Granger de la saga Harry Potter ! 

Je recommande ce roman à tous ceux qui ont un penchant pour le fantastique, les voyages dans le temps et les mondes parallèles. J’ai dévoré ce roman et j’ai hâte de lire les deux autres tomes ! Pour ceux qui sont intéressés, il existe un film issu du premier tome ; assez connu d’ailleurs ; mais je ne l’ai pas encore vu, je pense le regarder après avoir lu les trois tomes. Des extraits que j’ai vus, il y a de nombreux changements notamment au niveau des personnages et je sens que ce film va me décevoir ! De toute façon, il est rare que les adaptations cinématographiques soient à la hauteur des livres..

Et vous, avez-vous lu ce roman ? 

 

« Le sommeil, la mort ne sont pas ;
Qui semble mourir vit encore.
Seuil où tu fis tes premiers pas,
Heureux amis de ton aurore ;
Jeune fille, enfant et vieillard,
Récompense d’efforts sans trêve,
Tout s’évanouit au regard,
Tout se métamorphose en rêve
Et rien ne reste dans la main. »